Nina me dit ; « Mon cœur, allons courir la grève ! »
Je la suis. L'Océan soulève ses flots verts
Et les grands acacias, de leur gousse qui crève,
Laissent tomber les cœurs, de peau brune couverts.
Un enfant amoureux de luisants coquillages
Pousse devant les cœurs son rire d'écolier ;
Un botaniste épris de fruits et de feuillages
Va détacher les cœurs d'un beau carossolier.
Un géomètre fou de lignes, de figures,
Dessine sur le sable un cœur vaste tournant ;
Un joueur décavé consulte les augures
Pour savoir si le cœur lui sourit maintenant ;
Rose admire au soleil le cœur de sa Jeannette,
Un bijou d'or, oui, d'or ! acheté de hasard ;
Le magister branlant ajuste sa lorgnette
Sur un cœur de vipère, un terne bézoard.
Tout au cœur du village, une vieille difforme,
Bien heureuse de vivre et très gourmande encor,
Épluche pour sa soupe un cœur de bœuf énorme,
Orgueil de son jardin, veiné de pourpre et d'or.
Mais la cloche a tinté. Dans le chœur de l'église
Le chant sacré s'élève en un lugubre chœur
Et Jacques suit la bière où l'on a mis Denise
Les larmes dans les yeux et la mort dans le cœur.