Ah ! le pauvre bonhomme ! il est vraiment à plaindre !
L'impitoyable sort l'a rudement traité
L'hiver comme l'été.
Cependant, il ne veut ni larmoyer ni geindre :
Malgré son œil éteint, son douloureux moignon
Et son oreille sourde, avec un grand courage,
Il se mit à l'ouvrage.
Hier, sarclant les pois l'épinard et l'oignon,
Il supporta gaîment le poids de la journée !
Son visage grêlé, sous un soleil de feu,
Passa du rouge au bleu.
Et sa sueur baigna la terre retournée !
Quand il rentra, le soir, le savetier du coin
Laissait, las du travail et pour reprendre haleine,
Sa poix et son alène,
Savourant un repas dont il avait besoin ;
Le gros boucher ronflait sur le pas de sa porte ;
La vieille revendeuse emportait à la fois
Sa balance et ses poids
Et le brasseur ventru soupait de bonne sorte !
J'en voudrais faire autant ! » dit le sourd affamé.
Gare ! » crie un cocher de bouillant caractère.
Mais l'infirme est par terre
Avec son bras unique à jamais abîmé.