L'air libre s'imprégnait des senteurs de l'aurore ;
Dans son aire en lieux hauts l'oiseau dormait encore ;
Plus que lui matineux, les moissonneurs hâlés
Préparaient à grand bruit une aire pour les blés.
L'aire enfin des bons vents favorisait leur tâche ;
La récolte exigeait un travail sans relâche.
C'était, pour l'opulent et le déshérité,
Une ère d'abondance et de prospérité.
Aussi chacun aux champs arrivait-il grande erre
Le maître et ses valets, le glaneur pauvre hère ;
Le moine laboureur dans sa haire de crin ;
L'adolescent folâtre et le vieillard chagrin.
Et, durant le repas, à l'ombre d'un gros hêtre,
Les filles entonnaient en chœur un air champêtre ;
Tandis que l'on voyait en pieux à parte,
L'air grave et récitant son benedicite,
Un timide aspirant du prochain séminaire,
Desservant à venir du diocèse d'aire ;
Et qu'en roulant les èr, un verbeux érudit,
Tout seul à s'écouter, n'était point contredit.