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1883

XXIX

Mélanie BOUROTTE

Pâle, triste, sévère, elle travaillait seule, Expliquant d'un blason le vair parfois obscur, La présence du vair dans un portrait d'aïeule Et, parmi ses émaux, le vair d'or et d'azur.

Ensuite, avec ferveur, fille de noble race, Elle plongeait son âme en de vieux parchemins : Plus d'un ver, en passant, avait marqué sa trace Sur les lambeaux moisis caressés par ses mains.

Qu'importe ! Elle aspirait la senteur des vieux âges, S'aveuglant de la poudre échappée au passé ! Cependant, au dehors, frissonnaient les feuillages, Le souffle du printemps sur tout avait passé :

Le vert changeant des bois et l'iris des fontaines Et le bleu d'un beau ciel mariaient leurs couleurs ; Les chevaux mis au vert s'ébrouaient par centaines ; Les oiseaux bâtissaient leurs nids parmi les fleurs ;

Le vert sifflait dans l'arbre avec des notes folles Mieux qu'un vert de Cayenne au plumage doré ; Et lui-même, un reptile, un vert, sous les corolles, Ne songeait point à mal et glissait ignoré.

Mais que fait la nature à la froide savante Qui l'enferme sous verre avec des numéros ! Une églogue ! une idylle ! Est-ce qu'elle en invente ? Les vers pour elle sont muets comme zéros !

Et pendant qu'elle rêve, en haine des poètes, Au rude Jean de Vert, son ascendant lointain, Son père, un vert barbon d'apparences replètes, Vide verre sur verre et fait seul un festin.

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