A l'école de tir il avait fait merveille
Et se croyait chasseur plus adroit que pas un !
Il s'en allait donc fier, la toque sur l'oreille,
Foulant à pas pressés le pâtural commun.
Près de là, des soldats, l'œil fixe, la main ferme,
S'exerçaient sur le tir tapissé de gazon.
Il passa dédaigneux, tourna la vieille ferme
Et, gourmandant son chien, consulta l'horizon.
Rien ! et Finaut battait en vain chaque broussaille
Depuis le grand matin ! Le chasseur devint las
Et son attention, comme un train qui déraille,
Distraite, à tire d'aile, au loin s'enfuit, hélas !
Son esprit, remontant d'âge en âge au vieux monde,
Carthage, Rome Tyr lui contaient leurs secrets.
Et pendant ce temps-là, le chien faisant sa ronde,
Allait de faute en faute et manquait ses arrêts !
Mais, réveillé soudain par un bruit sur la branche,
Et, sans même viser, tire alors le songeur.
Qui tombe de là-haut ? C'est une chatte blanche
Qu'à la ferme prochaine on va pleurer. Horreur !
Le meurtrier se trouble et fait piteuse mine
Devant ce corps sans vie et ce poil rebroussé.
Comme il préférerait, dans son humeur chagrine,
Qu'un voleur à la tire eût vidé son gousset !