Ainsi parlait un soir certaine mijaurée
Sous les riches lambris de sa maison dorée :
Comme vous vous trompez, mes amis, en croyant
Que, pour choisir mon lot, le sort fut clairvoyant !
Que m'importaient, à moi, l'or, trompeuse chimère,
Et la coupe d'honneurs dont la lie est amère ? …
J'eusse aimé noblement la tribulation,
La pauvreté, la lutte et l'immolation ! …
On m'encense, on m'envie… Eh bien, moi, je jalouse
La tâche, les labeurs et la part de l'épouse
Qui fait tout le chemin nu-pieds sur les cailloux,
Ses enfants sur les bras et servant son époux !
Je jalouse ces gueux, poétiques figures,
Sans toit, sans feu, sans lit, fiers comme des augures !
On se dit, en voyant leur étrange tribu
Qui couche sur le sol et semble errer sans but :
Oh ! ceux-là sont heureux ! » Mais que vois-je ? ô surprise !
Ma robe fait un pli ! mon chignon se défrise !
À peine l'on a mis sept bûches à mon feu !
Six plats à mon dîner et trois vins, c'est trop peu !
À la privation je me heurte sans cesse,
Et je trouve partout accident qui m'oppresse ! »