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1869

OH ! SERAIT-CE VRAI, MA BELLE

Louis BOUILHET

Oh ! Serait-ce vrai, ma belle, Ce qu'un prêtre m'a conté, Qu'une torture éternelle Suit la douce volupté,

Que la blanche main des femmes Sans cesse attire nos âmes Au fond des gouffres ardents, Et qu'au ténébreux empire

On doit payer un sourire Par des grincements de dents ? Ta lèvre en doux mots abonde Et tu riras de mes fers,

Juliette, dans ce monde, Astarté, dans les enfers ! Oui, ‒ je le sens, dans mon âme ‒ Satan pour soeur te réclame

Aux rivages embrasés ; Car ton regard est de flamme, Et brûlants sont tes baisers ! Calmes dans leur allégresse,

Jamais les élus aux cieux N'ont bu cette ardente ivresse Qui petille dans tes yeux ; Pour eux jamais, ô ma belle,

Tant d'amour ne chargea l'aile Du timide séraphin, Et l'éternelle ambroisie Contient moins de poésie

Qu'une goutte de ton vin ! Démon ! Démon ! Que m'importe Que par une dure loi Le ciel me ferme sa porte

Si j'ai l'enfer avec toi ? Fille des sombres phalanges, Rions des craintes étranges Qui planent sur les tombeaux ;

J'aurais plutôt peur des anges, Quand les diables sont si beaux !

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