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1869

DERNIÈRE NUIT

Louis BOUILHET

Toute ma lampe a brûlé goutte à goutte, Mon feu s'éteint avec un dernier bruit. Sans un ami, sans un chien qui m'écoute, Je pleure seul, dans la profonde nuit.

Derrière moi ‒ si je tournais la tête, Je le verrais, ‒ un fantôme est placé : Témoin fatal apparu dans ma fête, Spectre en lambeaux de mon bonheur passé.

Mon rêve est mort, sans espoir qu'il renaisse. Le temps m'échappe, et l'orgueil imposteur Pousse au néant les jours de ma jeunesse, Comme un troupeau dont il fut le pasteur.

Pareil au flux d'une mer inféconde, Sur mon cadavre au sépulcre endormi Je sens déjà monter l'oubli du monde Qui, tout vivant, m'a couvert à demi.

Oh ! La nuit froide ! Oh ! La nuit douloureuse ! Ma main bondit sur mon sein palpitant. Qui frappe ainsi dans ma poitrine creuse ? Quels sont ces coups sinistres qu'on entend ?

Qu'es-tu ? Qu'es-tu ? Parle, ô monstre indomptable Qui te débats, en mes flancs enfermé ? Une voix dit, une voix lamentable : " Je suis ton coeur, et je n'ai pas aimé ! "

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