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1859

CHRONIQUE DU PRINTEMPS

Louis BOUILHET

Savez-vous, gens de Paris, Dont on voit les faces ternes Sous des arbres rabougris Où fleurissent des lanternes,

Quand, au long des boulevards, Vous assiégez d'une lieue Les gros drames, ces renards Dont l'été coupe la queue !…

Savez-vous que le bon Dieu, Chassant la brume morose, Sur la toile du ciel bleu Brosse un printemps vert et rose ?

Silence à vos cris d'enfer ! Qu'on se flatte ou qu'on se morde, Les scandales de l'hiver Sont usés jusqu'à la corde.

Oyez ! j'apporte des bois, Où tremblottent les rosées, De quoi défrayer six mois Vos chroniques épuisées.

Les nids vont bien, les boutons Sont faits sur de bons modèles ; On a vu des hannetons, On attend les hirondelles.

Des muguets, des bassins d'or, J'ai le cours sur mes tablettes ; Les blés sont calmes encor, La hausse est aux violettes.

Comme un critique sournois, Avril des jardins s'approche, Et se glisse, en tapinois, De la grêle plein sa poche.

Mais les grives n'ont pas peur, Et m'ont donné l'assurance Que le fruit tient sous la fleur, L'avenir sous l'espérance !

Les collines ont du thym ; L'air est doux ; rien de la vigne ; J'ai rencontré ce matin Quatre pêcheurs à la ligne.

Hier, enfin, de l'ombre épris, Je rôdais par les vallées, Entre les gazons fleuris Et les voûtes étoilées ;

A l'heure où le carnaval, Escorté de cinq cents masques, Défonce, au galop final, La peau des tambours de basques ;

Quand j'ai vu, sur un ruisseau, Planer, tout blanc d'étincelles, Le Silence, cet oiseau Dont on n'entend pas les ailes !…

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