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1859

BUCOLIQUE

Louis BOUILHET

Quand, pareilles aux blés mûrs, Les étoiles toutes blondes Ont couvert des cieux obscurs Les solitudes profondes,

La nuit se met en chemin, Moissonneuse à la peau brune Qui, pour faucille, à sa main Tient le croissant de la lune ;

Par le vaste firmament, Elle fauche, à perdre haleine, Les épis de diamant Qui se couchent sur la plaine.

Mais le temps la presse fort, La besogne est malaisée, Et, sur la terre qui dort, Sa sueur tombe en rosée ;

Dans son grand sac tout gonflé, Elle emporte les javelles Qui, comme des grains de blé^ Vont semant leurs étincelles ;

Puis, quand revient le jour bleu, Elle court, traînant ses voiles, Dans les greniers du bon Dieu Tasser ses gerbes d'étoiles.

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