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1869

AIR DE CHASSE

Louis BOUILHET

Le soleil va chasser la nuit ; Pâle Phoebé, reine aux longs voiles, Il est temps de rentrer, sans bruit, Ton troupeau de blanches étoiles !

Déjà des bois silencieux L'aube pénètre le mystère… Que fais-tu si tard dans les cieux, Quand nous t'attendons sur la terre ?

Elle vient ! Elle vient !… de son pied diligent Entendez-vous, là-bas, le bruit léger dans l' herbe ? Mais ce n'est plus Phoebé par les cieux voyageant… C'est Diane au coeur dur, Diane au front superbe !

Elle a ses blonds cheveux liés comme une gerbe, Et sur son dos bruni sonne un carquois d'argent. À nous, déesse !… en chasse ! En chasse ! Le bois s'emplit de cris ardents.

Les chiens sont fous. Voici la trace Des sangliers aux longues dents !… Au galop, courbés sous les branches, Plus vite, allons ! Plus vite encore !

La mince flèche aux ailes blanches Siffle, comme le vent du nord. Nous courons, nous volons ; ‒ victoire ! Les épieux et les javelots !…

La bête en tient ; ‒ la mousse noire Boit, par les monts, son sang à flots. Elle tombe, à bout de colères ; Et sa blessure, en s'épanchant,

Rougit le lac aux ondes claires, Comme fait un soleil couchant. Les cornets ont sonné, ‒ la nuit vient, ‒ qu'on se presse ! Amis, la route est longue après les durs combats.

Six chevaux traîneront, fiers et pleins d' allégresse, Le monstre hérissé, trop pesant pour nos bras. Diane ! En ton honneur nous brûlerons sa graisse ! Phoebé, remonte aux cieux pour éclairer nos pas !…

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