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1869

ABRUTISSEMENT

Louis BOUILHET

Les hommes sont si mauvais Que, sans pleurer, je m'en vais Du monde. Pour la haine ou l'amitié

Je n'ai plus qu'une pitié profonde. Au point de nous empester, Chaque jour on voit monter

Les fanges. Dans mon désespoir fougueux Je ne crois pas plus aux gueux Qu'aux anges.

J'ai souffert tant de tourments, J'ai connu tant de serments Frivoles, Que j'évite avec grand soin,

Amour, les lieux où de loin Tu voles ! Las d'aller, les bras pendants, Des noirs coquins aux pédants

Moroses, J'ai placé tout mon orgueil À planter près de mon seuil Des roses.

Je mange et je dors en chien Plus rien de noble et plus rien D'austère ! Comme d'un cruchon fêlé,

Mon esprit s'en est allé Par terre. Tout, d'ailleurs, en ce séjour, Suit le maître, et par amour

L'imite ; Et la nature a lutté Avec ma stupidité D'ermite.

Les arbres de mon jardin Penchent d'un air anodin Leurs têtes ; Et les bêtes dans ma cour

Deviennent de jour en jour Plus bêtes.

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