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1859

A UN JEUNE HOMME

Louis BOUILHET

Jeune homme au cœur léger, ne touche point la lyre, Va demander ta joie aux rêves d'ici-bas, La pensée est un glaive, et sa pointe déchire La main de l'imprudent qui ne la connaît pas.

Au temps que Jupiter, de la voûte éthérée Descendait, à l'odeur de l'hécatombe en feu, Quelqu'un vit, sur l'autel, dans la coupe dorée, Un reste de nectar oublié par le dieu ;

Cet homme, entre ses doigts, prit la patère sainte, Et flaira, curieux, le breuvage divin : C'était un doux parfum de rose et d'hyacinthe, Plus sucré que le miel et plus fort que le vin.

Il y trempa, sans peur, sa lèvre téméraire ; Mais il goûtait à peine au liquide immortel, Qu'il sentit dans son corps circuler le tonnerre, Et tomba, tout en poudre, aux marches de l'autel !

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