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1869

À LA LUNE

Louis BOUILHET

Ô toi qui dans le vieux Paris, Comme quelqu'un qu'on doit connaître, Venais tout le long des toits gris Me regarder par ma fenêtre ;

Toi qui, du bout de tes rayons, Répandais, veilleuse obstinée, Tes pâles consolations Sur le noir de ma destinée !

Soeur de la terre, astre charmant, Loin des cités où l'homme est chiche, Quels bons coins sous le firmament Je te ferais, ‒ si j'étais riche !

Que de bois profonds j'offrirais, Ô lune, à tes pudeurs jalouses, À tes ébats, que de lacs frais, À tes langueurs, que de pelouses !

Oh ! Les frais coteaux pour s'asseoir ! Oh ! Le sable uni des terrasses Où tu promènerais, le soir, Tes pieds d'argent, aux blanches traces !

Comme, sans peur d'événements, On verrait, en lueurs superbes, Tout ton collier de diamants S'égrener dans les hautes herbes !

Et comme tu pourrais encor, À l'abri des vertes arcades, Balayer, de ta robe d'or, L'escalier bruyant des cascades !

‒ " Pauvre ami, dit l'astre aux yeux doux, La plus chère de mes retraites Est encor le crâne des fous, Ou la cervelle des poëtes !… "

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