Je regardais la mer où venait se mirer
Une lune sereine et divinement belle ;
Tout à coup — quel penser m'effleura de son aile ? —
Je ne sais pas pourquoi, je me pris à pleurer.
Était-ce l'air du soir ? et des parfums, des charmes
Subtils et pénétrants m'avaient-ils su troubler ?
Étais-je trop heureux, et ne pouvant parler
Le trop-plein de mon cœur débordait-il en larmes ?
Était-ce le silence étrange d'alentour ?
Était-ce donc qu'au bout de toute joie humaine
Nous attend une vague, une secrète peine
Qui soudain obscurcit les yeux brillants d'amour
Cette mer aux baisers de la lune pâlie
Devait-elle emporter mon aimée, et, pleurant,
Devais-je sur la plage ainsi qu'un spectre errant
Tendre les bras vers elle avec mélancolie ?
Lisais-je en l'avenir l'histoire de mon cœur,
Et (séparation bien plus cruelle encore)
Prévoyais-je l 'oubli, l'oubli qui nous dévore ?
Hélas ! la douce lune eut un regard moqueur.
Non, jamais ! tant d'amour ainsi qu'une fumée
Ne peut s'évanouir et se perdre dans l'air,
J 'en atteste le ciel et la profonde mer,
Et le charme infini de la nuit embaumée !
Ce n' était pas cela qui me faisait pleurer,
Et je pleurais pourtant par cette nuit sereine ;
Et dans les flots d'argent qui palpitaient à peine
Je regardais toujours la lune se mirer.