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1876

XXXVII

Maurice BOUCHOR

Je regardais la mer où venait se mirer Une lune sereine et divinement belle ; Tout à coup — quel penser m'effleura de son aile ? — Je ne sais pas pourquoi, je me pris à pleurer.

Était-ce l'air du soir ? et des parfums, des charmes Subtils et pénétrants m'avaient-ils su troubler ? Étais-je trop heureux, et ne pouvant parler Le trop-plein de mon cœur débordait-il en larmes ?

Était-ce le silence étrange d'alentour ? Était-ce donc qu'au bout de toute joie humaine Nous attend une vague, une secrète peine Qui soudain obscurcit les yeux brillants d'amour

Cette mer aux baisers de la lune pâlie Devait-elle emporter mon aimée, et, pleurant, Devais-je sur la plage ainsi qu'un spectre errant Tendre les bras vers elle avec mélancolie ?

Lisais-je en l'avenir l'histoire de mon cœur, Et (séparation bien plus cruelle encore) Prévoyais-je l 'oubli, l'oubli qui nous dévore ? Hélas ! la douce lune eut un regard moqueur.

Non, jamais ! tant d'amour ainsi qu'une fumée Ne peut s'évanouir et se perdre dans l'air, J 'en atteste le ciel et la profonde mer, Et le charme infini de la nuit embaumée !

Ce n' était pas cela qui me faisait pleurer, Et je pleurais pourtant par cette nuit sereine ; Et dans les flots d'argent qui palpitaient à peine Je regardais toujours la lune se mirer.

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