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1876

XXXVII

Maurice BOUCHOR

Mon âme quelquefois me semble triompher Des mortelles langueurs dont elle est poursuivie : Il me revient au cœur une soif de la vie, Et je t'embrasserais jusqu'à t'en étouffer.

Alors je prends ta main et nous marchons ensemble Comme des amoureux au premier rendez-vous ; Ils se taisent longtemps, puis, timides et doux, Parlent les yeux baissés et d'une voix qui tremble.

Ah ! te rappelles-tu comme nous nous aimions ! Comme le frôlement de tes cheveux de soie Me faisait frissonner de désir et de joie ! Alors tu t'arrêtais et nous nous embrassions.

Nous regardions la mer par les vents soulevée, Nos esprits voyageaient bien loin sans savoir où… Je ne sais si le bruit des flots m'a rendu fou, Si je suis mort d'amour ou si je t'ai rêvée.

Oui, ma jeunesse dort, et pour l'éternité ! Ce n'est pas elle, hélas ! qui frappait à ma porte, Mon cœur n'a point parlé, ma jeunesse est bien morte, Et ce n'est pas sa voix qui dans l'air a chanté.

Nous marcherons, muets, dans les longues allées Et sans joindre nos mains, nos lèvres et nos cœurs, — Car mon âme retombe en ses mornes langueurs Et j'écoute gémir les vagues désolées.

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