N'as-tu pas des frissons parfois ?
Ne sens-tu pas l'âme des bois
Se glisser dans ta chair frileuse,
Et, sinistre, pour te parler
Le vent des montagnes souffler
Dans ta chevelure houleuse ?
Que le monde est terrible et grand !
Mon esprit s'épouvante, errant
Parmi la blanche horreur des pôles…
L'air est aussi doux qu'un baiser ;
Mais ne sentons-nous pas peser
L'atmosphère sur nos épaules ?
Deux pauvres petits amoureux
Cheminent dans un sentier creux,
Riant, trempés par la rosée
Dont le soleil fait des rubis ;
Et tout le long de leurs habits
S'égoutte une pluie irisée.
Vois-tu partout où nous passons
S'écarter les branches ? Buissons,
Taillis épineux, sombres haies
Qu'ensanglante la mûre, et fleurs
De toutes sortes de couleurs
Te savent amoureuse et gaie.
Mais le ciel nous regarde et suit
De son œil terrible qui luit
Nos gaîtés et nos rêveries.
Oh ! baise-moi longtemps, longtemps ;
Je veux, le cœur soûl de printemps,
Que dans les yeux tu me souries.
Ton parfum seul peut me guérir
Du mal d'ennui qui fait mourir,
Dont je suis la proie et la dupe
Je veux, muet, agenouillé,
Le front dans ta robe noyé,
T'embrasser à travers tes jupes.