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1876

XXXIV

Maurice BOUCHOR

Le vent était bien doux, la lune était bien fine, Par une nuit de mai, par une nuit divine Où nous nous sommes tant aimés ! Et les brises de mai, chère, sont toujours douces,

Et des baisers d'argent s'endorment sur les mousses, Bien que nos cœurs se soient fermés. Ah ! si nos cœurs pouvaient oublier ces extases, S'ils pouvaient, une fois brisés, comme des vases

Répandre toute leur liqueur ! Mais le vent d'autrefois est encore sonore, La lune douloureuse a des baisers encore Qui nous tombent au fond du cœur.

Je me souviens ! la lune éclaire la nuit noire Et verse un jour subit au fond de ma mémoire ; Je me souviens, je me souviens ! Et je maudis la nuit que la lune a bénie

Et que les vents légers emplissaient d'harmonie, Où tout bas je te disais : Viens… Je maudis ma mémoire et la traîtreuse lune Et le vent qui pleurait parmi la forêt brune.

Hélas ! hélas ! peut-être un jour, Voulant me souvenir, tout navré de tristesse, Je maudirai la froide et l'inerte vieillesse Capable d'oublier l'amour !

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