Le vent était bien doux, la lune était bien fine,
Par une nuit de mai, par une nuit divine
Où nous nous sommes tant aimés !
Et les brises de mai, chère, sont toujours douces,
Et des baisers d'argent s'endorment sur les mousses,
Bien que nos cœurs se soient fermés.
Ah ! si nos cœurs pouvaient oublier ces extases,
S'ils pouvaient, une fois brisés, comme des vases
Répandre toute leur liqueur !
Mais le vent d'autrefois est encore sonore,
La lune douloureuse a des baisers encore
Qui nous tombent au fond du cœur.
Je me souviens ! la lune éclaire la nuit noire
Et verse un jour subit au fond de ma mémoire ;
Je me souviens, je me souviens !
Et je maudis la nuit que la lune a bénie
Et que les vents légers emplissaient d'harmonie,
Où tout bas je te disais : Viens…
Je maudis ma mémoire et la traîtreuse lune
Et le vent qui pleurait parmi la forêt brune.
Hélas ! hélas ! peut-être un jour,
Voulant me souvenir, tout navré de tristesse,
Je maudirai la froide et l'inerte vieillesse
Capable d'oublier l'amour !