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1876

XXXII

Maurice BOUCHOR

Adieu la mer ! je suis repris Par les sombres flots de Paris, Aussi morne, aussi monotone. O soleils couchants, les derniers

Dont notre œil ébloui s'étonne ! Au vent furieux de l'automne Se tordent les grands marronniers. Sur ma main appuyant mes tempes

A la fauve clarté des lampes, Feuilletant bouquins, manuscrits, Grimoires d'un âge effroyable Et dont les rats se sont nourris,

J'ai l'air d'appeler des esprits Et de vendre mon âme au diable ; Il ne viendra pas : travaillons. J'étoufferai sous les bâillons

La voix de mon désir qui crie. L'amour humain, l'amour divin, Tout m'a menti, — hier fleurie, Ma rose d'amour est flétrie —

J'ai vidé mon verre de vin. Puisque l'amour est périssable, Qu'il fuit comme des grains de sable Entre les doigts des amoureux ;

Et puisque la beauté des choses, Insensible, lasse nos vœux, Et jette à peine en nos cheveux Deux ou trois pétales de roses,

O muse au front sévère et doux, Je veux te jurer à genoux Un amour pieux et fidèle ; Les yeux fermés —car le ciel bleu

Pour rêver, pour aimer m'appelle — En cherchant la gloire immortelle J'aurai l'air immortel pour Dieu !

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