Adieu la mer ! je suis repris
Par les sombres flots de Paris,
Aussi morne, aussi monotone.
O soleils couchants, les derniers
Dont notre œil ébloui s'étonne !
Au vent furieux de l'automne
Se tordent les grands marronniers.
Sur ma main appuyant mes tempes
A la fauve clarté des lampes,
Feuilletant bouquins, manuscrits,
Grimoires d'un âge effroyable
Et dont les rats se sont nourris,
J'ai l'air d'appeler des esprits
Et de vendre mon âme au diable ;
Il ne viendra pas : travaillons.
J'étoufferai sous les bâillons
La voix de mon désir qui crie.
L'amour humain, l'amour divin,
Tout m'a menti, — hier fleurie,
Ma rose d'amour est flétrie —
J'ai vidé mon verre de vin.
Puisque l'amour est périssable,
Qu'il fuit comme des grains de sable
Entre les doigts des amoureux ;
Et puisque la beauté des choses,
Insensible, lasse nos vœux,
Et jette à peine en nos cheveux
Deux ou trois pétales de roses,
O muse au front sévère et doux,
Je veux te jurer à genoux
Un amour pieux et fidèle ;
Les yeux fermés —car le ciel bleu
Pour rêver, pour aimer m'appelle —
En cherchant la gloire immortelle
J'aurai l'air immortel pour Dieu !