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1876

XXXI

Maurice BOUCHOR

Je suis donc enfermé dans cette étroite chambre. J'ai vu les ciels lointains dont le bleu velouté S'empourprait au couchant glorieux de septembre, Et la houle des mers sans fin m'a ballotté.

Mes rêves ont marché comme des hommes ivres, Je n'ai plus d'espérance et je n'ai plus d'amour ! Ici j'ai retrouvé des plumes et des livres, Mais nul baiser de paix n'a fêté mon retour.

O nature, chimère atroce et décevante ! Comme une perle, j'ai cherché ce Dieu rêvé : Mais je suis revenu tout pâle d'épouvante, Car j'ai fouillé le gouffre et je n'ai rien trouvé.

Je croyais, ô nature indiciblement belle, Que tu me bercerais dans tes bras jour et nuit, Et j'entendais ta voix — car ta voix nous appelle Pour nous laisser mourir de douleur et d'ennui.

Tu sais que j'ai saigné d'une large blessure, Et je te demandais le sommeil et l'oubli ! Mais j'aurais mieux aimé, marâtre, sois-en sûre, Me coucher au tombeau que d'entrer dans ton lit.

Enfin, tant pis. J'ai vu des prés, des bois, des roses, J'ai vu rouler la mer, et la terre fleurir : Mais je n'ai jamais vu que d'insensibles choses Dont l'âme était partie, et vivant pour mourir.

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