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1876

XXXI

Maurice BOUCHOR

Mais si cette nature est triste, que t'importe, Et que m'importe à moi puisque nous nous aimons ? Tu sais bien que nos jours sont des feuilles qu'emporte Le triste vent d'hiver qui souffle des grands monts.

Pendant que le printemps fait verdoyer les arbres, Et qu'il nous met du sang au cœur, aimons-nous donc ! Assez tôt nous irons nous coucher sous les marbres, A l'heure de l'oubli, du calme et du pardon.

Puisqu'un torrent de pourpre en tes veines ruisselle, Puisqu'il dort sur ta bouche un baiser de velours ; Puisqu'il brille en tes yeux une vive étincelle Qu'y jeta le soleil de nos jeunes amours,

Jouissons de la vie et ne soyons point sages Malgré cette tristesse éparse autour de nous ; Et laissons rayonner toujours sur nos visages Le sourire divin qu'ont les amoureux fous !

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