Skip to content
1876

XXX

Maurice BOUCHOR

Vin de topaze, d'or, de rubis, d'améthyste, O recours éternel des désespoirs humains ! Je t'appelle, je prends la bouteille à deux mains : Coule dans ma poitrine, ô vin joyeux ou triste !

Va-t'en jusqu'à mon cœur, mon lamentable cœur, Berce-le dans tes flots, tant mieux si tu le noies ! Et fais chanter en moi le souvenir des joies Dont m'emplissait jadis ta puissante liqueur.

Monte jusqu'à ma tête, et que ma tête flambe ; Fais comme deux charbons étinceler mes yeux ; Donne-moi la folie et l'ivresse des dieux, Que je puisse hurler un dernier dithyrambe.

Je suis triste à mourir, triste comme la nuit. Mais n'es-tu pas le fils de l'ardente lumière ? Rends-moi donc ma jeunesse et ma force première, Chasse le cauchemar qui toujours me poursuit.

Coule à flots, resplendis dans le cristal des verres, Que les verres choqués sonnent joyeusement ; Et que mon front s'empourpre à ton rayonnement, O vin, dernier recours des humaines misères !

Cookies on Poetry Cove

We use cookies to remember your language preference and — only with your consent — to learn how Poetry Cove is used. You can change your mind any time.
XXX · Maurice BOUCHOR · Poetry Cove