Vin de topaze, d'or, de rubis, d'améthyste,
O recours éternel des désespoirs humains !
Je t'appelle, je prends la bouteille à deux mains :
Coule dans ma poitrine, ô vin joyeux ou triste !
Va-t'en jusqu'à mon cœur, mon lamentable cœur,
Berce-le dans tes flots, tant mieux si tu le noies !
Et fais chanter en moi le souvenir des joies
Dont m'emplissait jadis ta puissante liqueur.
Monte jusqu'à ma tête, et que ma tête flambe ;
Fais comme deux charbons étinceler mes yeux ;
Donne-moi la folie et l'ivresse des dieux,
Que je puisse hurler un dernier dithyrambe.
Je suis triste à mourir, triste comme la nuit.
Mais n'es-tu pas le fils de l'ardente lumière ?
Rends-moi donc ma jeunesse et ma force première,
Chasse le cauchemar qui toujours me poursuit.
Coule à flots, resplendis dans le cristal des verres,
Que les verres choqués sonnent joyeusement ;
Et que mon front s'empourpre à ton rayonnement,
O vin, dernier recours des humaines misères !