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1876

XXX

Maurice BOUCHOR

Pourquoi regardes-tu toujours l'horizon triste Et les flots éternels qui roulent sur les flots ? Et toi tu me réponds : « J'écoute leurs sanglots, Et la mer sombre et belle est comme une améthyste.

« J'écoute et je regarde ; et je demande au ciel Pourquoi tant d'amertume et de mélancolie, Tandis que dans notre âme ardente et recueillie S'épanouit la fleur d'un bonheur immortel.

« J'écoute, me dis-tu, les plaintes infinies Que murmure le soir, que chante le matin ; Je cherche à soulever le voile du destin, Et mon esprit se perd au sein des harmonies. »

Ah ! ne regarde pas la mer ! ferme les yeux ! Ne brûle pas ton cœur à ce rêve de flamme. La science est cruelle et nous défleurit l'âme : Quand tu comprendras tout, m'en aimeras-tu mieux ?

Lorsque les flots viendront expirer sur les grèves Ou mugiront au pied de quelque haute tour, Ma femme, mon enfant, mon éternel amour, Couche-toi sur mon cœur que j'y berce tes rêves !

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XXX · Maurice BOUCHOR · Poetry Cove