Pourquoi regardes-tu toujours l'horizon triste
Et les flots éternels qui roulent sur les flots ?
Et toi tu me réponds : « J'écoute leurs sanglots,
Et la mer sombre et belle est comme une améthyste.
« J'écoute et je regarde ; et je demande au ciel
Pourquoi tant d'amertume et de mélancolie,
Tandis que dans notre âme ardente et recueillie
S'épanouit la fleur d'un bonheur immortel.
« J'écoute, me dis-tu, les plaintes infinies
Que murmure le soir, que chante le matin ;
Je cherche à soulever le voile du destin,
Et mon esprit se perd au sein des harmonies. »
Ah ! ne regarde pas la mer ! ferme les yeux !
Ne brûle pas ton cœur à ce rêve de flamme.
La science est cruelle et nous défleurit l'âme :
Quand tu comprendras tout, m'en aimeras-tu mieux ?
Lorsque les flots viendront expirer sur les grèves
Ou mugiront au pied de quelque haute tour,
Ma femme, mon enfant, mon éternel amour,
Couche-toi sur mon cœur que j'y berce tes rêves !