« Vous m'avez appelée, et moi j'ai répondu ;
Sans compter, de baisers je vous ferai l'aumône !
Vous m'avez invoquée, et moi j'ai descendu,
Pour aller jusqu'à vous, les marches de.mon trône.
« Ma chevelure d'or traîne derrière moi,
Elle n'a pas besoin de perles, d'escarboucles ;
Car le soleil, mon père, est un tout-puissant roi
Qui de mille splendeurs fit rayonner mes boucles.
« Pourtant, ne tremble pas devant ma majesté ;
Mon cœur est moins hardi que celui des gazelles,
Je n'ose pas songer à ma propre beauté
Et je n'ai point encor tenté d'ouvrir mes ailes.
« Et je veux à tes pieds jeter, ô mon amant,
Et ma toute-puissance et la grâce qu'on vante ;
Ne t'agenouille pas, mais plutôt sois clément,
C'est moi qui devant toi suis prise d'épouvante.
« Songe que j'ai quitté l'olympe où je rêvais
Et que j'ai dénoué ma ceinture dorée ;
J'ai tenté la fortune et le monde mauvais,
Et, faisant vœu d'amour, je ne suis plus sacrée.
« Je ne regrette pas cet amour maternel
Qui parfumait mon cœur et qui berçait ma couche,
Mais je veux que, pareils aux colombes du ciel,
Mille de tes.baisers s'envolent vers ma bouche ! »