Non, ce n'est pas l'hiver, le printemps ni l'automne
Qui fleurissent les cœurs et les rendent joyeux ;
Car d'aucune splendeur l'amour vrai ne s'étonne,
Il s'inquiète peu de la couleur des cieux.
Ce n'est pas la douceur et le charme des veilles,
La tristesse du blanc paysage glacé,
Qui nous manque pour nous aimer — mais le passé
N'a plus qu'un chant lointain qui meurt à nos oreilles.
Non, ce n'est pas la chambre où nous étions si bien,
Écoutant comme un loup hurler le vent farouche :
Non plus que le printemps et qu'une verte couche
Sous les arbres géants qui ne pensent à rien.
A présent peut venir l'insensible marée
Des jours et des saisons, des neiges et des fleurs ;
La neige tombera sans rafraîchir nos cœurs,
Et nous ne boirons plus à la coupe sacrée.