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1876

XXIX

Maurice BOUCHOR

Les mendiants sans pain qui vont vendant des fleurs Sont tes pareils, poëte, amoureux de la vie Qui n'en as rien que l'ombre, et dont la vaine envie Trouve dans sa grandeur de plus grandes douleurs.

Ces roses de plaisir aux joyeuses couleurs, Tu ne peux les porter à ta lèvre ravie ; D'un éternel souci ton âme poursuivie N'a pas la liberté du sourire et des pleurs.

Va, pauvre charlatan, sur les places publiques ; Fais des strophes en deuil pour les mélancoliques Et des sonnets musqués pour ceux qui font leur cour. Allons, rugis d'horreur, tressaille d'allégresse !

Mais ton cœur ne sent rien, l'art t'a pris ta jeunesse, Et l'amour de l'amour ne donne pas l'amour.

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XXIX · Maurice BOUCHOR · Poetry Cove