Skip to content
1876

XXIII

Maurice BOUCHOR

Dans votre solitude, ô bois sombres et doux, Je me suis enfoncé par le sentier des fous, Pour voir danser, la nuit, des formes sous la lune. Et pour cueillir des fleurs sentant la liberté,

Je me suis égaré dans l'ombre, épouvanté De la muette horreur qui tombe avec la brune. J'ai brisé le lien sanglant du souvenir ; Et je me suis senti renaître et rajeunir

En respirant l'odeur des grandes fleurs sauvages. J'ai vécu seul, perdu dans un rêve inouï, J'ai longtemps regardé, frissonnant sous la nuit, La furieuse mer flageller ses rivages…

J'ai le vertige — ô vent du nord, rude aquilon, Comme une feuille prise en ton noir tourbillon Emporte-moi d'ici sur tes ailes farouches ! Car cette solitude est maudite, et je veux

Sentir encore un flot ondoyant de cheveux Me fouetter le visage et rouler sur ma bouche. Les oiseaux qui sifflaient dans nos bois d'autrefois, Je n ai plus entendu leur pénétrante voix ;

Je l'aurais oubliée à jamais, infidèle ! Mais ils ont repassé dans mon ciel ténébreux ; Et dans mon cœur muet mais encore amoureux Ils ont laissé tomber des plumes de leurs ailes.

Cookies on Poetry Cove

We use cookies to remember your language preference and — only with your consent — to learn how Poetry Cove is used. You can change your mind any time.
XXIII · Maurice BOUCHOR · Poetry Cove