Dans votre solitude, ô bois sombres et doux,
Je me suis enfoncé par le sentier des fous,
Pour voir danser, la nuit, des formes sous la lune.
Et pour cueillir des fleurs sentant la liberté,
Je me suis égaré dans l'ombre, épouvanté
De la muette horreur qui tombe avec la brune.
J'ai brisé le lien sanglant du souvenir ;
Et je me suis senti renaître et rajeunir
En respirant l'odeur des grandes fleurs sauvages.
J'ai vécu seul, perdu dans un rêve inouï,
J'ai longtemps regardé, frissonnant sous la nuit,
La furieuse mer flageller ses rivages…
J'ai le vertige — ô vent du nord, rude aquilon,
Comme une feuille prise en ton noir tourbillon
Emporte-moi d'ici sur tes ailes farouches !
Car cette solitude est maudite, et je veux
Sentir encore un flot ondoyant de cheveux
Me fouetter le visage et rouler sur ma bouche.
Les oiseaux qui sifflaient dans nos bois d'autrefois,
Je n ai plus entendu leur pénétrante voix ;
Je l'aurais oubliée à jamais, infidèle !
Mais ils ont repassé dans mon ciel ténébreux ;
Et dans mon cœur muet mais encore amoureux
Ils ont laissé tomber des plumes de leurs ailes.