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1876

XXI

Maurice BOUCHOR

Allons, la mer est belle et la brise se lève, Les étoiles du soir palpitent dans les cieux ; O vaisseau du hasard, sur l'océan du rêve, Emporte-nous si loin que falaise ni grève

Ne trouble plus jamais le calme de nos yeux. Toi seul peux me comprendre, infini d'amertume, Ta grande voix est chère aux cœurs désabusés ; Noir sur le pâle ciel le steamer crache et fume,

Et moi, je vois flotter dans la blanchâtre écume Mon illusion morte et mes espoirs brisés. Donnerai-je une larme à la terre adorée Où tous mes souvenirs reposent à jamais ?

Ah ! la voûte d'azur splendidement dorée M'invite à noyer tout dans la coupe sacrée De l'extase divine et de la grande paix. La mouette en passant m'effleurera de l'aile

Et s'enfuira dans l'air, pareille aux jours perdus — Et, sentant que mon âme à l'univers se mêle, J'appuierai, sombre amant d'une Beauté nouvelle, Mes deux bras sur mon cœur pour qu'il ne batte plus.

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