Tout m'obsède. Le bruit incessant des voitures, Les jurons, la chanson venue on ne sait d'où Et la gaîté me sont un millier de tortures, Et la pluie éternelle un jour me rendra fou.
Je suis comme Ariel un esclave, et de force Dans un déguisement monstrueux enfermé : Je veux me dépouiller de cette affreuse écorce Et me sentir en fleur comme un arbre de mai.
Mon cœur étouffe. En mer, en mer, hissez les voiles ! Je veux m'en retourner au pays de l'amour, Des charmants souvenirs et des belles étoiles Qui sont des diamants sur un fond de velours.
Dans les sentiers lilas et roses Que décore le mois d'avril, O saison des métamorphoses, Tu me verras, venant d'exil.
Si tu me trouves quelques rides, C'est que par les matins arides Le souci labourait mon front ; Mais mon âme est si jeune encore
Que ma jeunesse et ton aurore Ensemble s'épanouiront. Le printemps nous rit et nous flatte ; N'est-il pas encore dans l'air
De ces odeurs si délicates Qui, pénétrant plus que la chair, Savent évoquer de nous-mêmes Tous les souvenirs que l'on aime ;
Et qui, du langoureux hiver Chassant la tristesse et la brume, Nous font retrouver l'amertume Et le goût des baisers d'hier ?
Dans le même chemin paisible Où notre insoucieux esprit Regarde en riant l'impossible Comme un vieux fou que l'on chérit,
Chemin que nous suivions naguère Dans notre gaîté printanière — J'irai de nouveau retrouver Mes plus douces mélancolies,
Et je ne sais point de folies Dont je ne puisse pas rêver !
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