Par les larmes que j'ai versées
Et par les larmes de tes yeux,
Par l'échange de nos pensées
Qui croisent leur vol dans les cieux,
Et par la beauté des soirées
Où, la brise dans les cheveux,
Devant les étoiles sacrées
Nous formions de si chastes vœux ;
Par tant de choses envolées
De notre amoureux paradis,
Quand nos âmes inconsolées
S'épanouiront-elles, dis ?
Oh ! dis-moi, quand les nuits divines
Qui nous enivraient de parfums
Ceindront-elles de perles fines
Leurs magnifiques cheveux bruns ?
Quand les chênes pleins de murmures
Jetteront-ils, vieillards bénis,
L'ombre épaisse de leurs ramures
Sur tant de baisers infinis ?
Quand vivrons-nous ? quand la matière
Mordue au cœur par le désir
Dans une aveuglante lumière
Rugira-t-elle de plaisir,
Si bien que notre joie immense
Aille se fondre peu à peu
Dans l'universelle démence
Qui fait bondir la terre en feu ?