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1876

XVII

Maurice BOUCHOR

Par les larmes que j'ai versées Et par les larmes de tes yeux, Par l'échange de nos pensées Qui croisent leur vol dans les cieux,

Et par la beauté des soirées Où, la brise dans les cheveux, Devant les étoiles sacrées Nous formions de si chastes vœux ;

Par tant de choses envolées De notre amoureux paradis, Quand nos âmes inconsolées S'épanouiront-elles, dis ?

Oh ! dis-moi, quand les nuits divines Qui nous enivraient de parfums Ceindront-elles de perles fines Leurs magnifiques cheveux bruns ?

Quand les chênes pleins de murmures Jetteront-ils, vieillards bénis, L'ombre épaisse de leurs ramures Sur tant de baisers infinis ?

Quand vivrons-nous ? quand la matière Mordue au cœur par le désir Dans une aveuglante lumière Rugira-t-elle de plaisir,

Si bien que notre joie immense Aille se fondre peu à peu Dans l'universelle démence Qui fait bondir la terre en feu ?

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XVII · Maurice BOUCHOR · Poetry Cove