Une nuit je marchais dans la campagne obscure ;
Je cherchais, à travers les bois et les ravins,
Ce calme et cette paix du cœur vraiment divins,
— L'inébranlable temple où siégeait Épicure.
Mais, je ne sais pourquoi, j'eus un frissonnement :
J'avais dans les cheveux des perles de rosée !
Toute cette nature endormie, apaisée,
Plus cuisant et plus vif réveillait mon tourment.
Et la lune — c'était l'heure qu'elle se lève,
Vint à s'épanouir comme une large fleur.
Je lui criai : « Descends jusqu'au fond de mon cœur,
Cache-toi dans ma vie et parfume mes rêves. »
Et dans sa souriante et fière majesté
Elle continua d'éclairer la colline ;
Chaque rayon m'était comme une javeline
Dont la pointe fouillait mon cœur ensanglanté.
Elle était aussi blanche, aussi froide qu'un cierge ;
Cette pâleur de mort, cet air silencieux,
Je crus voir un convoi qui passait dans les cieux,
Et je tendis les bras vers l'implacable vierge !…
Mais la lune est si haut qu'on ne peut lui parler,
Elle n'écoute rien, cette orgueilleuse reine !
Et l'on pourrait mourir sans qu'elle prit la peine
De vous faire un sourire et de vous consoler.