Pourquoi tenter d'aimer ? Solitaire et farouche,
A quoi bon dépenser tant d'efforts superflus ?
Une telle amertume a desséché ma bouche
Que jamais les baisers n'y refleuriront plus.
Puis-je donc, secouant l'ennui qui me torture,
Étreint par ces désirs venus on ne sait d'où,
Pour mordre à belles dents une ample chevelure
Dans des spasmes d'amour me rouler comme un fou ?
Et puis-je aux soirs d'automne et sous la lune amie
Qui de ses rayons blancs satine l'oreiller
Bercer une autre enfant sur mon cœur endormie,
D'un baiser sur le front n'osant la réveiller ?
Ah ! puisque le printemps me fait l'âme gracée,
Qu'on me voit frissonner au clair soleil de mai,
C'est, hélas ! que mon âme épuisée et lassée
A perdu sa vigueur pour avoir trop aimé.
Les roses plus d'un jour peuvent vivre sans doute
Dans la fraîche rosée et la clarté du ciel :
Moi, j'ai tout effeuillé pour parfumer la route
Où passait mon amour qui semblait éternel.
O bien-aimée, alors le flot blond de tes tresses
Devait m'illuminer toujours de rayons d'or ;
Je mentais à mon cœur en faisant ces promesses,
Et je n'ai pas le cœur de lui mentir encor.