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1876

XVI

Maurice BOUCHOR

Pourquoi tenter d'aimer ? Solitaire et farouche, A quoi bon dépenser tant d'efforts superflus ? Une telle amertume a desséché ma bouche Que jamais les baisers n'y refleuriront plus.

Puis-je donc, secouant l'ennui qui me torture, Étreint par ces désirs venus on ne sait d'où, Pour mordre à belles dents une ample chevelure Dans des spasmes d'amour me rouler comme un fou ?

Et puis-je aux soirs d'automne et sous la lune amie Qui de ses rayons blancs satine l'oreiller Bercer une autre enfant sur mon cœur endormie, D'un baiser sur le front n'osant la réveiller ?

Ah ! puisque le printemps me fait l'âme gracée, Qu'on me voit frissonner au clair soleil de mai, C'est, hélas ! que mon âme épuisée et lassée A perdu sa vigueur pour avoir trop aimé.

Les roses plus d'un jour peuvent vivre sans doute Dans la fraîche rosée et la clarté du ciel : Moi, j'ai tout effeuillé pour parfumer la route Où passait mon amour qui semblait éternel.

O bien-aimée, alors le flot blond de tes tresses Devait m'illuminer toujours de rayons d'or ; Je mentais à mon cœur en faisant ces promesses, Et je n'ai pas le cœur de lui mentir encor.

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