Skip to content
1876

XVI

Maurice BOUCHOR

Souviens-toi ! c'était un matin d'automne, Les oiseaux chantaient leur chanson d'adieu ; Le ciel immuable et que rien n'étonne Sur nos fronts riait, splendidement bleu.

Comme si nos cœurs n'avaient point de peine, Comme si nos yeux étaient secs de pleurs, Dans l'air embaumé de leur tiède haleine Orgueilleusement ondulaient les fleurs.

Ah ! Nature, ah ! mère étrange et cruelle, Pour ainsi chanter, pour ainsi fleurir, Pour te faire ainsi plus grande et plus belle, Tu ne sens donc pas que l'on va mourir ?

Tu fis un matin du brumeux décembre Aussi beau qu'un jour du glorieux mai, Et le clair soleil inonda la chambre Où pendant un an nous avions aimé.

Souviens-toi ! parfum, musique et lumière En venant à nous nous glaçaient le cœur, Et nous écoutions la chanson dernière Des oiseaux des bois qui chantaient en chœur.

Cookies on Poetry Cove

We use cookies to remember your language preference and — only with your consent — to learn how Poetry Cove is used. You can change your mind any time.
XVI · Maurice BOUCHOR · Poetry Cove