Souviens-toi ! c'était un matin d'automne,
Les oiseaux chantaient leur chanson d'adieu ;
Le ciel immuable et que rien n'étonne
Sur nos fronts riait, splendidement bleu.
Comme si nos cœurs n'avaient point de peine,
Comme si nos yeux étaient secs de pleurs,
Dans l'air embaumé de leur tiède haleine
Orgueilleusement ondulaient les fleurs.
Ah ! Nature, ah ! mère étrange et cruelle,
Pour ainsi chanter, pour ainsi fleurir,
Pour te faire ainsi plus grande et plus belle,
Tu ne sens donc pas que l'on va mourir ?
Tu fis un matin du brumeux décembre
Aussi beau qu'un jour du glorieux mai,
Et le clair soleil inonda la chambre
Où pendant un an nous avions aimé.
Souviens-toi ! parfum, musique et lumière
En venant à nous nous glaçaient le cœur,
Et nous écoutions la chanson dernière
Des oiseaux des bois qui chantaient en chœur.