N'est-il pas un remède, et ne guérit-on pas ? Dois-je compter mes jours comme des grains de sable Et les passer à regretter l'irréparable ? Je ne sais quelle voix a murmuré tout bas.
Je ne sais quel frisson me pénètre de joie, L'air est léger, le ciel semble rire et chanter ; Est-ce donc que mon cœur ne peut plus palpiter Au long frôlement de la soie ?
Si je pouvais noyer son souvenir, brûler Avec ses lettres tout ce qui me reste d'elle, Avec quelle gaîté je serais infidèle, Que je me laisserais aisément consoler
Mais je reste immobile et je ne peux rien dire, Bien qu'en face de moi, dans un rêve, là-bas, Mille femmes soient là qui me tendent les bras Avec un étrange sourire.
J'écoute, je regarde, elles vont s'envoler… Oh ! puissé-je mourir pour aimer l'une d'elles ! Je les vois voltiger comme des hirondelles, Et ces oiseaux du ciel se mettent à parler.
Écoute, écoute, je suis blonde, Ta maîtresse l'était aussi ; Mais ma tendresse est plus profonde… Veux-tu m'aimer ? Merci, merci !
— Je te trouve belle, qu'importe ? Je suis comme un enseveli ! On a scellé sur moi la porte, Je suis enterré dans l'oubli.
Écoute, écoute, je suis brune : — Mon front, sous ses longs cheveux noirs, A la pâleur du clair de lune Et la tristesse des beaux soirs.
Veux-tu de moi ? — Mon cœur se lève… Tu n'as, vaine ombre de plaisir, Ni le sourire de mon rêve Ni la forme de mon désir.
— Écoute, écoute, je suis rousse ; On me dit, aux pays lointains, Très-cruelle ; mais je suis douce Comme la fraîcheur des matins.
— A l'ombre des mélancolies J'ai senti mon cœur se fermer ; Je ferais pour toi des folies, Mais je ne pourrais pas t'aimer.
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