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1876

XLVIII

Maurice BOUCHOR

Le ciel tranquille sur nos têtes Étalait son dais glorieux ; Baissant leurs clairons, les tempêtes Attendaient au fond noir des cieux.

Et les ténèbres solennelles Qu'enrichissent quelques fleurs d'or, Déployaient leurs lugubres ailes Sur la mer calme qui s'endort.

Et nous demeurions face à face, Immobiles comme les flots, Silencieux comme l'espace, Sans rire, larmes, ni sanglots.

Et je pressais ta main, plus blanche Que la main d'un spectre évoqué ; Et ton front douloureux qui penche A tout jamais semblait marqué.

Le clair de lune fantastique De notre ciel était banni ; Le bruit joyeux de la musique Ne troublait pas notre infini.

Tous deux nous nous taisions ; que dire Quand on pouvait encor s'aimer ? J'ai vu ton mystique sourire Rêveusement se refermer,

Et sous leurs franges d'or soyeuses Ne s'épanouir que bien peu Tes prunelles, fleurs somptueuses Faites de sombre velours bleu.

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