Le ciel tranquille sur nos têtes
Étalait son dais glorieux ;
Baissant leurs clairons, les tempêtes
Attendaient au fond noir des cieux.
Et les ténèbres solennelles
Qu'enrichissent quelques fleurs d'or,
Déployaient leurs lugubres ailes
Sur la mer calme qui s'endort.
Et nous demeurions face à face,
Immobiles comme les flots,
Silencieux comme l'espace,
Sans rire, larmes, ni sanglots.
Et je pressais ta main, plus blanche
Que la main d'un spectre évoqué ;
Et ton front douloureux qui penche
A tout jamais semblait marqué.
Le clair de lune fantastique
De notre ciel était banni ;
Le bruit joyeux de la musique
Ne troublait pas notre infini.
Tous deux nous nous taisions ; que dire
Quand on pouvait encor s'aimer ?
J'ai vu ton mystique sourire
Rêveusement se refermer,
Et sous leurs franges d'or soyeuses
Ne s'épanouir que bien peu
Tes prunelles, fleurs somptueuses
Faites de sombre velours bleu.