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1876

XLVI

Maurice BOUCHOR

Car toi seule es pour moi la jeunesse du monde ; Tes yeux sont le soleil qui me brûle et m'inonde Des plus sublimes voluptés. Et ce sont tes cheveux qui parfumaient les roses

Que je piquais dedans, et les matins moroses Par toi seule étaient enchantés. J'ai rougi de mon sang ta bouche purpurine ! Je n'étais plus jaloux de la brise marine

Quand ma main bouclait tes cheveux, Et quand mes yeux pleuraient sur les tiens, de tendresse, Prenais-tu jamais garde au matin qui caresse L'onde étincelante de feux ?

Nous n'avions nul souci des choses de la terre ; Embarqués tous les deux sur la mer du mystère, Nous flottions sur l'illimité, Aux clartés de tes yeux, sans étoiles ni phare,

N'écoutant pas non plus l'éclatante fanfare Que chantent les matins d'été ! Que ne sommes-nous morts ensemble dans la joie, Ton cœur contre le mien, avant d'être la proie

Des mélancoliques remords, — Tranquilles, rayonnants de jeunesse et de gloire, Et les printemps futurs, gardant notre mémoire, Auraient béni les jeunes morts !

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