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1876

XLIII

Maurice BOUCHOR

C'est une belle nuit glacée, Une de ces froides beautés Que l'on aime et qui font mourir ; Et je ne sais quelle pensée

En voyant les cieux argentés M'est venue avec un soupir. En sa splendeur froide et tranquille Cette nuit d'hiver m'apparaît

Une jeunesse sans amour : L'éclat d'une lune stérile Me rend lugubre la forêt Et fait un spectre de la tour.

Dans cette horreur silencieuse Nous seuls vivons, nous seuls aimons Qui portons une rose au cœur, Mais notre joie est soucieuse

— Et la large brise des monts Nous vient comme un souffle vainqueur. Pour t'envelopper de jeunesse, Qu'un souvenir d'avril ancien

Parfume ta nuque et ton front — Aimons-nous, aimons-nous ! tristesse, Épouvante, n'y feront rien Tant que nos lèvres s'uniront.

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