C'est une belle nuit glacée,
Une de ces froides beautés
Que l'on aime et qui font mourir ;
Et je ne sais quelle pensée
En voyant les cieux argentés
M'est venue avec un soupir.
En sa splendeur froide et tranquille
Cette nuit d'hiver m'apparaît
Une jeunesse sans amour :
L'éclat d'une lune stérile
Me rend lugubre la forêt
Et fait un spectre de la tour.
Dans cette horreur silencieuse
Nous seuls vivons, nous seuls aimons
Qui portons une rose au cœur,
Mais notre joie est soucieuse
— Et la large brise des monts
Nous vient comme un souffle vainqueur.
Pour t'envelopper de jeunesse,
Qu'un souvenir d'avril ancien
Parfume ta nuque et ton front —
Aimons-nous, aimons-nous ! tristesse,
Épouvante, n'y feront rien
Tant que nos lèvres s'uniront.