De quoi pouvions-nous bien parler, un soir de mai, Un soir mélancolique où pourtant je t'aimai Sous les ténébreuses ramures ? Où la nature entière était pleine de voix,
Où nos cœurs pénétrés de l'arome des bois S'endormaient.parmi les murmures ? Je ne me souviens pas de ce que nous disions ; Si la fine aile d'or de nos illusions
Battait nos fronts brûlants de fièvres, Ou si l'amer amour qui nous prit tout entiers, Enivrant et troublant, le long des verts sentiers Pressait mes lèvres sur tes lèvres.
Je ne sais pas non plus si nous pensions aux morts, Aux aimés qui sont morts ; — mais je sais bien qu'alors Une langueur morne et suprême Enveloppait mon cœur, et que j'ai frissonné
Comme si tout à coup j'étais abandonné Des jours passés et de moi-même. Ah ! oui, je me souviens. C'est mon cœur qui sentait Dans les brises du soir, dans la calme forêt,
Dans l'immensité de la vie, S'en aller, s'en aller par lambeaux palpitants Cet amour qui m'avait absorbé si longtemps, Et dont j'avais l'âme assouvie.
Je me sentais reprendre impérieusement Par mes premiers amours, par le grand firmament, Par la profonde mer dormante, Par la vieille forêt où, parmi les buissons,
La nature repose au doux bruit des chansons, Chaude et mystérieuse amante. Je sentais, inquiet de mon humanité, S'effacer notre amour qu'avaient fait enchanté
Tant de frais et de jeunes rêves, Et les mots au hasard sur nos bouches volaient, Et les souffles du ciel confusément mêlaient Leur musique au bruit sourd des grèves.
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