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1876

XLI

Maurice BOUCHOR

Réveille la vigueur de tes sens épuisés Et laisse-moi t'aimer. Le sol est blanc de neige, Mais ton sein n'est-il pas une éternelle neige Que brûle le soleil pourpré de mes baisers ?

O glorieuse neige, ô neige immaculée Où deux roses boutons par miracle ont fleuri ! Tes yeux voudraient pleurer, mais ta bouche me rit Comme le gai matin fraîche et tout emperlée.

Je sais bien qu'il fait froid, que le vent souffle et veut Entrer par la fenêtre et par-dessous la porte ; Mais je te baiserai cent fois, et que m'importe Si pour fourrure j'ai ton manteau de cheveux ?

Est-ce mon âme, est-ce la tienne qui palpite ? Le vent souffle toujours et gémit pour entrer, Et toi, chère, voulant te mieux faire adorer, Devant moi tu te fais exquisement petite.

Va, je me roulerai sans honte sous tes pieds, Et pour boire ton sang j'y collerai ma bouche, Cependant que le vent lamentable et farouche Pleure les rêves morts et les morts oubliés.

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