Réveille la vigueur de tes sens épuisés
Et laisse-moi t'aimer. Le sol est blanc de neige,
Mais ton sein n'est-il pas une éternelle neige
Que brûle le soleil pourpré de mes baisers ?
O glorieuse neige, ô neige immaculée
Où deux roses boutons par miracle ont fleuri !
Tes yeux voudraient pleurer, mais ta bouche me rit
Comme le gai matin fraîche et tout emperlée.
Je sais bien qu'il fait froid, que le vent souffle et veut
Entrer par la fenêtre et par-dessous la porte ;
Mais je te baiserai cent fois, et que m'importe
Si pour fourrure j'ai ton manteau de cheveux ?
Est-ce mon âme, est-ce la tienne qui palpite ?
Le vent souffle toujours et gémit pour entrer,
Et toi, chère, voulant te mieux faire adorer,
Devant moi tu te fais exquisement petite.
Va, je me roulerai sans honte sous tes pieds,
Et pour boire ton sang j'y collerai ma bouche,
Cependant que le vent lamentable et farouche
Pleure les rêves morts et les morts oubliés.