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1876

XL

Maurice BOUCHOR

Après avoir marché sur la route durcie Et sous le morne ciel noir comme du charbon, Quand j'arrive chez toi, quand ma bouche transie Cherche ta bouche où dort une odeur d'ambroisie,

Que les baisers sont froids, mais comme ils sentent bon ! Dans les plis de ta robe alors posant ma tête, Je m'enivre longtemps d'amour et de chaleur : C'est une heure divine et cependant muette !

Je vois s'ouvrir tes yeux comme des violettes, Et ta lèvre sanglante est l'églantine en fleur. Ton beau col et ta joue ont une grâce mièvre Et qui n'appelle pas les caresses en vain ;

Alors me monte au front la rougeur de la fièvre, Tes doigts que j'aime tant se posent sur ma lèvre Et c'est comme un baiser qui n'aurait pas de fin. Le monotone bruit de l'incessante pluie,

Celui des flots, le vent passant comme un soupir, Semblent le bâillement du monde qui s'ennuie ; Mais il est une fleur bien fraîche épanouie Que je sais où trouver et que je peux cueillir.

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