Dans les splendeurs orientales Se lève le soleil en feu ; Voici qu'il neige des pétales De roses blanches, dans l'air bleu.
O brises d'avril, matinée Où, s'éveillant d'un air vainqueur, Les fleurs de la nouvelle année Ont toutes une perle au cœur !
Musique allègre ou solennelle, Longs murmures, soupirs des bois Qu'un vent emporte sur son aile, Doux comme un soupir de hautbois ;
Extase infinie et muette Que traverse joyeusement Le cri perçant d'une alouette Dans les hauteurs du firmament !
Je dois être heureux, car la vie Embaume et chante autour -de moi, Et semble folâtrer, ravie, Pleine d'un indicible émoi ;
Je dois être heureux, car les choses S'épanouissent au soleil, Devant moi, l'amoureux des roses Et de l'aurore au front vermeil.
Jamais dans les rêves étranges Que j'ai si tendrement aimés, Où je voyais passer des anges Éblouissants et parfumés,
Non, jamais mon cœur et 'ma tête Comme en ce matin enchanté N'ont eu si merveilleuse fête De mélodie et de clarté.
Jamais senteurs si pénétrantes N'ont grisé mon âme et mes sens, Comme si les brises errantes Roulaient des nuages d'encens.
L'azur étincelle et flamboie Comme un. gigantesque saphir, Et la terre bondit de joie Sous le fouet cruel du désir.
Je dois être heureux, mais la vie Ne peut secouer ma langueur, Ou faire fleurir quelque envie Dans l'affreux désert de mon cœur.
Tout passe autour de moi : la brise, La chanson des bois, l'air des champs, Sans que rien m'échauffe ou me grise, Souffles, rayons, parfums et chants.
Le sombre et froid oubli retombe Sur mon âme comme un linceul, Car j'ai mis. mon cœur dans la tombe Et depuis longtemps, je suis seul.
Un souvenir me hante encore ; C'est le passé qui vient me voir, Et comme un rouge météore Illumine mon désespoir.
Mois d'avril, coupe fraîche et pure Où chacun s'enivre d'amour, Tu as ravivé la blessure Qui saigne à mon flanc pour toujours ;
Et ta voix légère et sonore, Du plaisir fêtant les élus, Me fait trouver plus douce encore Une voix que je n'entends plus
Mais quoi ! ma tristesse est un leurre, Je ne peux même plus souffrir ; Au printemps l'on rit ou l'on pleure, Et j'ai vu mes larmes tarir.
Mon cœur ne bat plus ; ma pensée Qu'a tuée un dernier sanglot, Flotte au hasard toute glacée, Ainsi qu'une morte sur l'eau.
Toutes ces choses sans pareilles Disparaissent de devant moi ; Les fleurs suaves et vermeilles Pâlissent et meurent d'effroi.
Partout je vois l'herbe qui sèche ; Et le beau matin enchanté Qu'éveillait une brise fraîche Est frappé de stérilité.
Les arbres, pareils à des ombres, Gémissent, tordant leurs bras nus, Et les vents qui deviennent sombres Soufflent des poisons inconnus.
Le monde est un désert sans borne Où brûle un implacable jour, Et que traversent, le front morne, Les désenchantés de l'amour.
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