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1876

XIX

Maurice BOUCHOR

S'il me fallait mourir le premier soir d'amour Où ton âme serait fiancée à la mienne, Où ton corps, éclatant de la splendeur du jour, A mon corps enlacé comme par une chaîne,

Me livrerait ses chairs superbes, ses seins blancs Dont les pointes sont des rubis étincelants, Avec sa large hanche à l'opulent contour Et ses jambes d'ivoire amoureuses et fines ;

S'il me fallait mourir par ce beau soir d'amour Dans un enivrement de voluptés divines, Je n'hésiterais pas, et mon cœur tourmenté Dans un instant mettrait toute une éternité

Et je me coucherais, pour ne plus m'éveiller, Sous des rideaux de pourpre et parmi les dentelles ; Je poserais mon front brûlant sur l'oreiller, Et, quand j'aurais goûté tes caresses mortelles,

Je baiserais ta bouche et je m'endormirais Dans le tiède parfum de ton corps jeune et frais.

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