L'air m ?enveloppe et me caresse ; Noyé dans la douceur du bleu, Mon cœur déborde de tendresse Et je m'abîme dans mon Dieu.
Bien souvent, couché sur la terre, Je voudrais saisir le mystère De sa vie et de son amour ; Je cherche à pénétrer son rêve,
Et j'entends bouillonner la sève Sous son vert corset de velours. Femelle aux larges seins, Cybèle, O déesse, parleras-tu ?
N'entends-tu pas que je t'appelle, L'âme aux lèvres, tout éperdu ? Je ne te ferai point de trêve, O terre, avant que tu soulèves
Dans des combats d'amour sanglants Ce voile épais qui te dérobe, Qu'on puisse déchirer ta robe Et sentir palpiter tes flancs !
Je t'ai donné toute mon âme, Pourquoi fuir quand je te poursuis ? Nature, es-tu tellement femme Qu'on ne puisse t'aimer deux nuits ?
Que, les bras brisés de caresses, La tête encor chaude d'ivresses Et t'aimant jusques à mourir, Toi, depuis longtemps assouvie,
Tu nous rejettes dans la vie Pour recommencer à souffrir ? Malgré tout ta forme m'obsède, O chère et lointaine beauté ;
En dépit de ma volonté Je sens que mon faible cœur cède. J'en reviens à me souvenir ; Si nos cœurs une fois encore
Soupirent : no more — never more, Pourront-ils jamais en finir ? A cette gloire qui m'enivre Les yeux obstinément fermés,
Dans un profond rêve abîmés Nous ne savions qu'aimer et vivre. En face de la mer, debout, Sans écouter sa voix profonde,
Égoïstes, tout seuls au monde, Nous nous aimions bien, malgré tout. Ma hautaine mélancolie S'est faite hôtesse des forêts :
J'avais cru que je t'oublierais — Je ne sais pas comme on oublie. Quand la mer est comme un miroir, J'y vois ton image quand même,
Et c'est peut-être toi que j'aime Dans cette volupté du soir. Non, c'est un souvenir douloureux, inutile, Le souvenir d'un bien qui ne reviendra pas ;
Je ne puis à présent retourner pas à pas Au vallon du passé, joyeux et si fertile. Des bords de l'horizon où tu sembles errer, O nuit paisible, monte au ciel crépusculaire ;
Car la cime des monts d'une rougeur s'éclaire Et devant le soleil je ne pourrais pleurer. Viens, ô nuit, et déploie en silence tes ailes Sur la mer magnifique et triste qui s'endort :
Les étoiles du ciel versent des larmes d'or, Et je suis envieux des douleurs éternelles.
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