Que la brise du ciel est légère et joyeuse,
Comme en silence au loin glissent les blanches voiles !
Que la voix de la mer, grave et religieuse,
Monte tranquillement vers les belles étoiles !
Oh ! quand la sombre nuit apparaît, et déploie
Ses ailes, lentement, comme un oiseau sauvage,
Moi, mon âme s'éveille — et ma plus grande joie
Est d'écouter rouler les galets sur la plage.
Tout est si beau, mes yeux s'emplissent d'un tel rêve !
L'Océan monstrueux me donne le vertige.
La lune, que le flot fait danser et soulève,
Semble une fleur des eaux qui tourne sur sa tige.
Là-bas de grands oiseaux traversent l'air tranquille,
Mêlant à l'harmonie exquise du silence
Le faible battement de leurs ailes… la ville
Rêve derrière moi qui me souviens et pense.
Qu'il ferait bon mourir par cette nuit si belle !
S'anéantir, mêler son âme à l'âme errante
Des parfums délicats que chasse devant elle
La brise de la mer qu'ils ont faite odorante !
Dans le monde des sons, des parfums et des nues,
Dans cet éblouissant et fantasque royaume
Où, subissant l'effort de causes inconnues,
Pour reparaître ailleurs fuit sans cesse l'atome !
Ne plus penser ; et dans la nuit fraîche et sereine
Où la lune d'argent sur les vagues tournoie,
Enfin débarrassé de cette écorce humaine,
Ne plus jamais pleurer, même des pleurs de joie !