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1876

XI

Maurice BOUCHOR

Que la brise du ciel est légère et joyeuse, Comme en silence au loin glissent les blanches voiles ! Que la voix de la mer, grave et religieuse, Monte tranquillement vers les belles étoiles !

Oh ! quand la sombre nuit apparaît, et déploie Ses ailes, lentement, comme un oiseau sauvage, Moi, mon âme s'éveille — et ma plus grande joie Est d'écouter rouler les galets sur la plage.

Tout est si beau, mes yeux s'emplissent d'un tel rêve ! L'Océan monstrueux me donne le vertige. La lune, que le flot fait danser et soulève, Semble une fleur des eaux qui tourne sur sa tige.

Là-bas de grands oiseaux traversent l'air tranquille, Mêlant à l'harmonie exquise du silence Le faible battement de leurs ailes… la ville Rêve derrière moi qui me souviens et pense.

Qu'il ferait bon mourir par cette nuit si belle ! S'anéantir, mêler son âme à l'âme errante Des parfums délicats que chasse devant elle La brise de la mer qu'ils ont faite odorante !

Dans le monde des sons, des parfums et des nues, Dans cet éblouissant et fantasque royaume Où, subissant l'effort de causes inconnues, Pour reparaître ailleurs fuit sans cesse l'atome !

Ne plus penser ; et dans la nuit fraîche et sereine Où la lune d'argent sur les vagues tournoie, Enfin débarrassé de cette écorce humaine, Ne plus jamais pleurer, même des pleurs de joie !

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