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1876

X

Maurice BOUCHOR

Les souvenirs les plus lointains Sont les plus près du cœur, peut-être… Au ciel frais des anciens matins Qu'il est bon d'ouvrir sa fenêtre !

Sous les regards tout attendris Se déroule un doux paysage ; Chemins si vite désappris Par la jeunesse folle et sage,

Et le gazon des espoirs verts Que le rêve a fleuri de roses, Comme l'esprit vole au travers De toutes ces anciennes choses !

Et comme il pense aux soirs d'été, Aux heures par l'amour remplies Où nos cœurs d'enfants ont goûté De si pures mélancolies.

Nous avons vieilli depuis lors ; Mais qu'il souffle une brise folle, La jeunesse des printemps morts Par le bleu de nouveau s'envole.

Tout se met à chanter encor, Les fleurs agitent leurs pétales — Comme au matin des noces d'or, Comme aux belles nuits nuptiales !

Et tous les regrets mal éteints Raniment leur flamme légère : Les souvenirs les plus lointains Sont les plus près du cœur, ma chère.

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