Défais tes cheveux, que l'on voie
Avec mille reflets de soie
Ondoyer leur flot qui descend,
Comme un soleil dorant les nues,
Sur tes blanches épaules nues
Et sur ton dos éblouissant.
N'y laisse pas mordre ton peigne ;
Que le flot t'enlace et te baigne,
Et s'il te noie, eh bien, tant pis !
Permets à cette étrange houle
Qu'elle s'enroule et se déroule
Et ruisselle jusqu'au tapis.
Demeure immobile, statue
D'une chevelure vêtue :
Que ne puis-je, ivre de désirs,
Parmi l'or de tes folles boucles
Faire flamber les escarboucles
Et miroiter l'eau des saphirs !
Que tes cheveux versent de joie,
Et quelle lumière flamboie
Aux yeux éblouis et grisés !
Qu'ils sont fins, subtils et folâtres,
Comme la cendre autour de l'âtre
Fuyant au souffle des baisers !
Laisse mes doigts nerveux les tordre,
Ma bouche à belles dents les mordre !
Et si, lasse d'amour, tu veux
Que notre extase enfin s'achève,
Tu peux m'embaumer en plein rêve
Dans le linceul de tes cheveux.