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1876

TES CHEVEUX

Maurice BOUCHOR

Défais tes cheveux, que l'on voie Avec mille reflets de soie Ondoyer leur flot qui descend, Comme un soleil dorant les nues,

Sur tes blanches épaules nues Et sur ton dos éblouissant. N'y laisse pas mordre ton peigne ; Que le flot t'enlace et te baigne,

Et s'il te noie, eh bien, tant pis ! Permets à cette étrange houle Qu'elle s'enroule et se déroule Et ruisselle jusqu'au tapis.

Demeure immobile, statue D'une chevelure vêtue : Que ne puis-je, ivre de désirs, Parmi l'or de tes folles boucles

Faire flamber les escarboucles Et miroiter l'eau des saphirs ! Que tes cheveux versent de joie, Et quelle lumière flamboie

Aux yeux éblouis et grisés ! Qu'ils sont fins, subtils et folâtres, Comme la cendre autour de l'âtre Fuyant au souffle des baisers !

Laisse mes doigts nerveux les tordre, Ma bouche à belles dents les mordre ! Et si, lasse d'amour, tu veux Que notre extase enfin s'achève,

Tu peux m'embaumer en plein rêve Dans le linceul de tes cheveux.

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