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1876

SÉRÉNADE EN HIVER

Maurice BOUCHOR

La nuit est froide, mais si belle Que, si ta beauté m'est rebelle,. Sur ta poitrine de satin Où j'ai vu fleurir deux grenades

Je puis chanter des sérénades Jusqu'au lever du bleu matin. Je peux me morfondre, et redire La grâce de ton doux sourire

Humide, velouté, vermeil, — Si ta fenêtre reste close, Et si ton joli museau rose N'apparaît pas comme un soleil !

Et pourtant la bise me glace ; Et si tu me gardais ma place A tes genoux, auprès du feu, Que j'aimerais la nuit entière

Voir rayonner sous ta paupière Les mille étoiles du ciel bleu ! La nuit est belle, mais glacée… Que je l'aurais bien mieux passée

Là-haut dans le boudoir bien clos ! S 'il pouvait de cette croisée Tomber l'amoureuse rosée Des baisers sous tes doigts éclos !

Ma peine, hélas ! est infinie. J'ai, pour me tenir compagnie, A chaque moustache un glaçon : Oh ! que ma prière te touche,

Et je jure que sur ta bouche Je te finirai la chanson !

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