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1876

PRINTEMPS TRISTE

Maurice BOUCHOR

Le bruit de la mer désolée, Adouci, semble un chant là-bas, Lorsque marchant à petits pas Tu parais au fond de l'allée…

N'est-ce pas que tout est divin, La brise triste qui murmure, La silencieuse nature Et les étoiles d'argent fin ?

Leurs yeux sont de pures lumières, Des bijoux vraiment merveilleux : Qu'est-ce donc au prix de tes yeux Étincelant sous tes paupières ?

Sous les grands arbres nous marchons, Les mains tendrement enlacées, Roulant Dieu sait quelles pensées, Regardant les premiers bourgeons…

Bien qu'avril joyeux nous convie A chercher les premières fleurs Dans l'herbe fraîche, tout en pleurs, Qui s'épanouit à la vie,

N'auras-tu pas quelque regret Pour la saison charmante et gaie Qui donne aux âmes fatiguées Un bonheur tranquille et discret ?

Quant à moi, mignonne, il me semble Laisser un lambeau de ma chair A tous les noirs buissons d'hiver Qui nous voyaient passer ensemble.

Le rire du printemps vermeil Ne fera jamais que j'oublie La profonde mélancolie Du pâle et maladif soleil

Que, de nos fenêtres bien closes, Tandis que tu dormais encor, Je voyais, comme un globe d'or Rouler le long des houles roses.

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