Un murmure, un souffle, un rêve M'est parvenu de la grève Où pleurait la grande mer. Était-ce une voix de femme ?
J'en ai conservé dans l'âme Comme un souvenir amer. Ah ! c'est le vent dans l'étendue !Ah ! c'est le vent dans l'étendue ! Amer, et pourtant bien doux ;
Je me suis mis à genoux Dans les ténèbres profondes De la triste et calme nuit, Où passe et s'évanouit
Un frisson d'or sur les ondes. Ah ! c'est la houle qui gémit !Ah ! c'est la houle qui gémit ! Pourtant, la nuit était brune, Bien brune, et sans clair de lune ;
Ce mystérieux frisson Venait de la chevelure De l'ange dont la voix pure Murmurait une chanson.
Ah ! c'est le vent dans l'étendue !Ah ! c'est le vent dans l'étendue ! Il existe des Esprits, Bien que tous n'aient pas compris Ces êtres faits de chimères,
Par les poëtes rêvés ; Et les autres sont privés De nos voluptés amères. Ah ! c'est la houle qui gémit !Ah ! c'est la houle qui gémit !
Celui-ci, je m'imagine, Était d'essence divine, Invisible et souriant ; Je sentais bien sa présence,
J'écoutais dans le silence Cette âme de l'océan. Ah ! c'est le vent dans l'étendue.Ah ! c'est le vent dans l'étendue. On a beau parler toujours
Des matelots sans secours Ensevelis sous les vagues ; Moi, je crois à ta douceur, Mer ! tes paroles de sœur
Sont amoureuses et vagues. Ah ! c'est la houle qui gémit !Ah ! c'est la houle qui gémit ! Jamais, ô profond abîme, Je n'ai pu croire à ton crime,
A tes colères d'un jour ; Parce que, la nuit, tu chantes De longues plaintes touchantes Et sembles pâmer d'amour.
Ah ! c'est le vent dans l'étendue !Ah ! c'est le vent dans l'étendue ! Et peut-être tu gémis Que des souffles ennemis T'aient fait le sépulcre immense
Où, dans un linceul de flots, D'aventureux matelots Ont expié leur démence. Ah ! c'est la houle qui gémit !Ah ! c'est la houle qui gémit !
Tu te lamentes, et brises Doucement tes lames grises Sur le sable, et tu te plains A la sourde destinée
D'être à jamais condamnée A rouler des corps humains. Ah ! c'est le vent dans l'étendue !Ah ! c'est le vent dans l'étendue ! Mais viens à moi, viens à moi,
Jusqu'à mes pieds ; car j'ai foi En ta mystique tendresse ; Je sens que je vais t'aimer, Et mon cœur peut te nommer
Son éternelle maîtresse. Ah ! c'est la houle qui gémit !Ah ! c'est la houle qui gémit ! Je jette en ton sein splendide Qui monte et baisse, sans ride
Et comme un miroir ami, Tant de choses dépensées Et tant de vaines pensées Qui jusqu'ici m'ont blêmi.
Ah ! c'est le vent dans l'étendue !Ah ! c'est le vent dans l'étendue ! Désormais tous mes sanglots Se mêleront à tes flots ; J'écouterai ton génie
Psalmodier tes ennuis, Et je bercerai mes nuits Avec ta grande harmonie. Ah ! c'est la houle qui gémit !Ah ! c'est la houle qui gémit !
Viens, ô superbe éplorée, Donne-moi la paix sacrée D'un inaltérable amour ; Pour adoucir ton murmure,
Je te donne, je le jure, Toute ma vie en retour. C'est le vent dans l'étendue, C'est la houle qui gémit,
C'est l'amphitrite éperdue Qui sanglote et qui frémit ; C'est la mer immense et belle Qui vient mumurant à moi,
Qui me flatte et qui m'appelle, Prise d'un étrange émoi ; C'est la voix des flots tranquilles Qui s'élève dans la nuit,
Et l'on dirait qu'immobiles Ils savent parler sans bruit ; Un je ne sais quoi qui charme, Qui pénètre et qui ravit ;
La mer n'est plus qu'une larme, Elle aime ! Elle aime ! Elle vit.
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