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1876

L'AUTRE NUIT

Maurice BOUCHOR

L'autre nuit, j'ai cueilli la rose de mon rêve ; Par cette belle nuit, je n'étais soucieux Ni des étoiles, ni du vent capricieux Qui siffle une chanson que jamais il n'achève.

Aux mystiques rayons d'un amour éternel J'ai vu la fleur mystique heureusement éclose, Et quand mes doigts tremblants ont effeuillé la rose, Les pétales se sont envolés dans le ciel.

Comme des papillons de pourpre aux ailes fines Ils ont tourbillonné dans l'espace infini : Et le souffle du soir, odorant et béni, Les a dispersés tous vers les hauteurs divines.

Mais il en est resté dans l'air tiède et léger Je ne sais quel parfum dont s'imprégnait mon être ; Je me sentais mourir et sans cesse renaître Dans l'océan d'amour où je m'étais plongé.

Oh ! que tout change, et qu'un nouveau soleil se lève ; Que sur les mondes morts plane le temps vainqueur ; Jamais je ne pourrai me l'arracher du cœur La nuit où j'ai cueilli la rose de mon rêve.

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